________ Trois jours avaient passés depuis l'incident. J'avais parfois croiser Tristan dans les couloirs mais je l'évitais un maximum. Seulement ce jour, je ne l'avais pas vu alors que l'on se dirigeait vers la cour avec Myriam. Il m'attrapa l'avant bras, m'obligeant à me retourner vers lui et m'annonça qu'il devait me parler, seul à seul. Mon amie s'étonna que je lui parle et je lui fixai rendez-vous à la récréation, entre le deuxième étage et le troisième, dans l'escalier nord. Il acquiesça et on alla s'installer dehors dans un coin à l'abri du vent. Les deux heures de cours qui suivirent me parurent longues malgré qu'habituellement ces deux heures de maths passaient vite. Myriam savait que même en insistant elle ne m'accompagnerait pas et elle descendit donc au rez-de-chaussée pour quitter l'établissement en raison de notre fin de journée tandis que moi je partais m'installer dans les marches. J'attendis un instant assise là alors que plus un bruit ne se faisait entendre dans les étages puis me levai lorsqu'il apparut en haut des escaliers. Il me remercia d'être venue, je ne répliquai pas et il me demanda de ne plus rentrer en bus ni à pied devant chez lui. Je le dévisageai sans trop comprendre et il développa simplement les choses à quoi je m'attendais mais refusais de croire, son père voulait recommencer. Il voulut également s'excuser pour n'avoir rien pu faire et je le rembarrai en disant sèchement que ce n'était pas sa faute à mon savoir. Il descendit alors les marches, venant sur celle où je me trouvais, et je sentis mon c½ur s'emballer légèrement. Il retira doucement mon écharpe, la garda dans sa main, et de celle libre, effleura la cicatrice qui se formait à l'endroit où avait été appuyé le couteau sur mon cou. Il baissa alors les yeux et s'excusa une nouvelle fois d'une voix lointaine. Je posais ma main sur la sienne pour la retirer mais il ne la bougea pas et plongea son regard légèrement embué dans le mien. Je frémis un court instant et le discernant, il se recula en murmurant que si cela n'avait tenu qu'à lui, il ne me serait jamais rien arrivé. Je restai bouché bée à cette parole attentionnée que je ne croyais jamais entendre venant de lui et, sans réelle raison, me mis à pleurer, me cachant le visage dans les mains. Je le sentis me regarder quelques temps puis il fit un pas vers moi, m'observa de nouveau et enfin me prit dans ses bras. Me surprenant moi-même, je le laissai m'enlacer et me caresser les cheveux pendant que je pleurais sur son épaule. La sonnerie annonçant la fin de la récré me fit sursauter et il rigola doucement en me faisant promettre de ne pas passer devant chez lui. J'acceptai alors qu'il me disait devoir partir pour la salle de français et on se sépara de quelques pas avant qu'il ne demande si demain à la même heure c'était possible. Je me retournai vers lui, il haussa les épaules et j'acquiesçai en finissant de descendre les escaliers. Quand je fus dehors, je me tournai pensivement vers l'établissement et un klaxon m'accueillit pour me signaler de me dépêcher. Je me réveillais enfin et fis signe à la conductrice de se calmer. J'entrai dans le véhicule sans me presser et ma mère se mit à m'engueuler à cause du temps que j'avais mis. Je m'excusai en prétextant la faute d'un prof et elle m'annonça avoir vu sortir Myriam. Je soupirai en annonce de ne rien avoir de plus à ajouter et elle démarra en trombe pour passer ses nerfs. A destination, c'est-à-dire à notre appartement, je m'enfermai dans ma chambre où j'allumai ma chaîne stéréo fortement et m'allongeai sur mon lit pour réfléchir. Je laissai voguer mes pensées jusqu'à ce qu'elles reviennent au moment où Tristan m'avait prise dans ces bras. Pourquoi m'avait-il demandé cela ? On ne se parlait jamais avant et voilà qu'il se mettait à s'inquiéter pour moi... Totalement idiot. Je m'humectai les lèvres et soupirai, abandonnant l'idée de trouver une quelconque explication plausible. Et cette phrase, cette phrase qu'il avait dite et qui m'avait fait pleurer... Pourquoi l'avait-il prononcé ? Le pensait-il réellement ? Tant de questions se formaient dans ma tête après cette brève rencontre, et on remettrait ça demain. Mais son père, comment réagirait-il s'il apprenait que son fils m'avait prévenu ? Tout ceci était décidément bien compliqué... Je fermai les yeux en mettant de côté cela et maudissant ma perpétuelle fatigue. Je me glissai sous la couette et m'endormis.
________ Un brusque faisceau lumineux me tira de mon sommeil agité et je me redressai avant de regarder l'heure. J'étais encore à peu près dans les temps, merci Tina d'avoir allumé la lumière. Je me levai et partis me laver après avoir mis un certain temps à trouver ma tenue. Curieusement, je voulus y faire attention pour la première fois depuis le début de l'année scolaire, soit depuis environ cinq mois. Ma petite s½ur me conseilla avec amabilité mon pantalon noir avec une robe rouge légèrement décolletée par-dessus. Je la remerciai et enfila donc cette tenue. Elle voulut que je me maquille, comprenant que ce matin je voulais prendre un peu soin de moi, mais je refusai tandis que je m'attachai les cheveux dans une de mes plus longues atebas. Finalement je me précipitais au bord du retard à l'arrêt de bus où j'y retrouvais comme d'habitude Myriam qui m'incendia de question au sujet de celui qu'elle appela l'autre. J'esquivai la plupart mais ne pus lui faire omettre la raison de ce rendez-vous. Je lui expliquai brièvement que c'était des embrouilles entre nos deux familles et oubliai volontairement quelques secondes, le temps du résumé, qu'un autre rendez-vous avait lieu cet après-midi. Si elle l'apprenait, elle poserait sans doute mille fois plus de questions que ce matin, cherchant ce quelque chose qu'on aurait à lui cacher. On arriva au bahut dix minutes après et, voyant Tristan qui descendait au même moment de son vélo, elle me le désigna et j'haussai simplement les épaules. Elle soupira et on monta à l'étage pour la salle de sciences, matière que l'on devait subir pendant une heure. Après on allait en technologie puis deux heures en éducation physique et sportive. A midi, je rentrais chez moi et me douchais aussitôt avant de me préparer à manger sans me presser. Ma petite s½ur mangeait à la cantine, mes parents étaient à leur travail, et moi, je me dépêchais pour repartir trois quart d'heures après. Je préparais mon sac en y glissant un classeur de français, matière que j'avais encore par tranche de deux heures, pendant que l'eau des pâtes bouillonnait sur le feu. J'y glissais une petite portion tout en me sortant une assiette et tout l'accompagnement puis me dépêchai de manger sans quitter des yeux les aiguilles de l'horloge qui tournaient. Je fis ensuite ma vaisselle rapidement puis alla me brosser les dents et les cheveux avant de passer un coup de balai et de serpillière dans ma chambre. Je replaçai vaguement des objets déplacés dans l'appartement puis descendit cinq minutes avant l'horaire où le bus était censé arriver. Pour une fois, je retrouvai Myriam seulement après et elle me félicita de cet exploit auquel je répondis par un léger sourire. Elle ne pouvait pas le deviner, mais j'étais pressée d'être à la sonnerie de quinze heures trente et j'avais en tête l'idée qu'accomplir tout mes petits gestes quotidien me rapprochait de plus en plus de cette heure. On prit donc une nouvelle fois le bus pendant dix minutes puis esquiva discrètement le regard des surveillants pour monter dans leur dos, histoire de ne pas sortir dans le froid. Cinq minutes après, on s'installait au fond de la salle de français et grattait, sans vraiment prêter attention à quoi, la leçon que la prof dictait d'un air monotone. La sonnerie d'une heure nous fit tous soupirer et elle s'énerva sans plus de raison sur l'un d'entre nous qui lui répondit et fut, pour tout résultat, viré de cours. La seconde passa à peu près à ce même rythme lent et à la dernière sonnerie, nous nous levâmes tous très rapidement pour quitter cette salle d'ennui. Myriam s'étonna lorsque je quittai le groupe de la classe qui partait vers l'escalier sud pour quitter le plus rapidement le bahut. Je me justifiai en bafouillant que j'avais un truc à faire et refusai son accompagnement en prétextant que ça pouvait être long. Elle se contenta de soupirer et descendit alors que je partais m'installer au même endroit que la vieille. Tristan me rejoignit à peine deux minutes après mais cette fois-ci, je ne me levai pas. Il me questionna sur ma journée, bonne ou mauvaise, question que je lui retournais avant que le silence ne s'installe. Il s'assit finalement à côté de moi puis tenta d'engager une discussion sur mes projets du week-end, chose que je ne savais aucunement. Il me demanda ensuite la manière dont j'étais rentré la veille et parut soulagé lorsque je lui annonçai que ma mère était venue. Après un nouveau silence je m'informai bassement sur le moment où son père avait le plus de chance de recommencer, et il fut navré de me dire qu'il l'ignorait. Je l'excusais puis le regardai un instant en esquissant un léger sourire qu'il me rendit aimablement. On resta là à se regarder brièvement avant de détourner les yeux puis de recommencer. Finalement, il voulut savoir si je lui en voulais pour ce qui s'était passé chez lui et je répondis sèchement que je ne voulais plus en parler. Il s'excusa, ce que je fis également après un silence pour cause d'avoir parler durement sans raison. Il se contenta de se rapprocher un peu de moi et glissa sa main dans la mienne, sans qu'aucun de nous deux ne rajoute mot. Je jetai un regard vers lui, notamment pas assez rapide pour ne pas croiser le sien, si profond, dans lequel ça commençait à me plaire d'y plonger. On resta ainsi un bon bout de temps puis je lui demandai pourquoi il était comme ça avec moi. Il s'humecta les lèvres, je le voyais réfléchir. Il n'en savait trop rien, me murmura-t-il. Je l'attirais et ce qui s'était passé le déterminait à vouloir m'aider. Me voyant ensuite pensive, il essaya de savoir l'origine de cette question, elle ne vint pas. J'aimais d'ordinaire comprendre, beaucoup se plaignait de ce mot que je prononçais tant pourquoi, mais lorsque l'on me retournait la question, je ne savais que répondre. Il se rapprocha un peu plus de moi, collant son bras tout contre le mien. Mon c½ur se pinça légèrement, je voulus le regarder de nouveau mais me retint, le considérant un peu trop près de moi. A la sonnerie, il souffla et je l'imitai. Ni lui ni moi n'était à priori motivé à bouger. Il m'interrogea sur mes horaires du lundi que je lui donnai aussitôt avant de tourner la tête vers lui. Il me fixait, mes yeux tombèrent encore une fois dans les siens, et il porta sa main libre à mon visage qu'il caressa. Du bruit dans les couloirs le fit se reculer et je le quittai pour le laisser aller en anglais.
________ Un rayon de soleil passant à travers les volets me tira d'un rêve bien étrange, que j'oubliais quelques minutes à peine après mon réveil. Je m'étirai tranquillement en définissant le programme de mon dimanche dans ma tête. Il s'annonçait décidément aussi plat que tout mes autres dimanches. Un haussement de voix et un bruit sourd m'indiquant un objet balancé me décida enfin, l'après-midi que j'allais passé serait dehors. J'ouvris doucement ma porte de chambre et passai ma tête à l'extérieur, je ne vis personne alors j'allai à la salle de bain. Un quart d'heure après, j'en sortais en peignoir et tirai de mon armoire une longue et large jupe noire et un débardeur de la même couleur. Je commençai à me coiffer puis partis manger lorsque mon père m'appela de sa grosse voix. Une heure après, quand la vaisselle fut faite et la cuisine entièrement nettoyée, j'enfilai mon long manteau noir, mes bottes assorties et descendais avec pour destination la plage. En bas de mon bâtiment, je m'allumai une cigarette puis partis sans me presser, réfléchissant à ce que je ferais après y être arrivée. J'avais pour intention de rentrer le plus tard possible chez moi, il fallait que je trouve un moyen de passer le temps sans rester assise à rien faire. Quand j'arrivai en vue de la plage, je soupirai en me maudissant d'avoir si peu de chance et en ralentissant le pas. D'un bureau de tabac, le père de Tristan sortit sans pour l'instant m'avoir vue. Je souhaitai de toutes mes forces qu'il s'en aille tandis que je cherchais un abri où me mettre, ce que je ne trouvai guère au milieu de cette zone que je traversais sans aucun bâtiment. Il me regarda, je crus distinguer un sourire et j'eus envie de courir mais mes jambes refusèrent de faire quoique ce soit comme mouvement. Finalement en quelques minutes il fut à ma hauteur et me questionnait sur ma destination que je ne donnai pas. Il se dit amusé d'une telle résistance à lui adresser la parole puis me proposa, avec un ton qui montrait clairement l'ordre, de me déposer quelque part, que je devinais chez lui. Je refusai avec le plus d'amabilité possible et continuai mon chemin qu'il finit par barrer définitivement avec sa fameuse phrase que c'était moi ou ma s½ur. Je soupirai, lui demandai gentiment de changer de registre et il me baffa. Un passant nous regarda vaguement puis hocha la tête avant de s'éloigner. Je crois que je n'eus jamais autant souhaité qu'une personne meurt par tant d'ignorance. Le père de Tristan me demanda encore une fois de le suivre, je refusai de plus belle, une claque vint atterrir sur ma joue une nouvelle fois. Je lui ordonnai sèchement de partir en m'attendant au même résultat, je compris qu'il ne ferait plus rien lorsque le buraliste sortit nous observer. J'en profitai pour m'éloigner, il me rappela comme si j'étais sa fille qu'il venait d'engueuler. Je me retournai stupéfaite puis lui ordonnai une nouvelle fois de me laisser tranquille en lui rappelant que je n'étais pas sa progéniture. Le buraliste s'emmêla alors en questionnant sur la raison de ces échanges bruyants. Je voulus lui répondre mais l'autre me devança en disant que sa fille, moi, refusait de rentrer et qu'il se trouvait désolé de le déranger. Le commerçant haussa les épaules puis rentra sans plus chercher à comprendre. Moi, je restais bouche bée par cette excuse bidon qui me mettait désormais sans aide. Il se rapprocha de moi tandis que j'y pensais et m'attrapa par le bras en me demandant une fois de plus de le suivre, ce que je fis après m'être raisonnée de ne plus avoir le choix. Je montai dans sa voiture avec un stress d'une puissance que je n'avais jamais connu, si fort qu'il m'en faisait avoir des vertiges. Il démarra rapidement et ne tourna pas là où il aurait dû pour rentrer chez lui. Mon c½ur s'accéléra et encore un peu plus lorsqu'il posa sa main sur ma cuisse. Je voulus le questionner au sujet de la destination mais les mots restèrent bloqués, le stress m'empêchant de faire quoique ce soit. Il commença à me caresser, je cherchais désespérément une solution. Il tourna à gauche et je crus alors comprendre son intention qui se confirma quand il me fit remarquer que c'était à la plage que je me dirigeais avant de le croiser. Il me raconta, comme si que j'étais pour lui une amie consentante, qu'il connaissait une petite crique sympa où personne n'allait et je sentis mes mains commencer à trembler. Il gara la voiture dix minutes plus tard à l'entrée d'un petit sous-bois que l'on traversa à pied, sa main tenant fermement la mienne. Un trou que je n'avais pas vu me fit trébucher en me tordant la cheville et il ordonna que je fasse attention comme si cet acte avait été volontaire. Je soufflai d'envie de le frapper et fus tentée d'attraper un morceau de bois pour le faire mais je considérais mes mains trop tremblantes pour rendre le coup efficace. Il me tira violemment pour que j'avance plus vite et je le rembarrai en disant que s'il n'aimait pas ma vitesse de marcher, il n'avait qu'à ne pas m'emmener. Il s'immobilisa soudainement, se retourna pour me dévisager et me plaqua contre un arbre avant de me mettre un coup de poing dans le ventre qui me plia en deux. Il demanda sèchement si j'avais un problème et me mis un coup de pied qui me coucha au milieu des feuilles mortes. Il me remit quelques coups, me faisant gémir, puis me mit sur le dos pour se placer au dessus de moi. Il sortit un couteau et me pris la main, paume en direction du ciel. Il plaça ensuite la lame dessus et appuya sur toute la largeur, faisant couler mon sang. Il m'expliqua que c'est ce qu'il ferait à ma gorge si jamais je faisais quoique que ce soit et mon autre main, libre, attrapa un lourd morceau de bois que j'abattis sur sa nuque. Il se retira d'au-dessus de moi, à moitié sonné, je lui remis un coup faiblement puis partis en courant. Je l'entendis crier d'énervement, j'accélérai malgré la douleur sans savoir réellement où j'allais. Je débarquai à l'endroit où la voiture était garée et me dépêcha de remonter la rue pour revenir dans des zones un peu plus fréquentées. Le vrombissement du moteur derrière moi me fit paniquer et lorsque j'entendis les crissements de pneus, je sautai derrière le petit muret d'une habitation. Je restai là à genoux, attendant encore un moment après que la voiture ne fut passée et me relâchant un maximum à travers mes larmes. Mon c½ur ne se calmait toujours pas, tout mon corps tremblait du stress qui s'évacuait tant bien que mal et je n'avais plus qu'une envie, que tout cela finisse. La porte de la maisonnée s'ouvrant me fit sursauter et voyant un homme d'un certain âge sortir, je me levai pour m'excuser de ma présence mais il m'interrompit en me disant d'entrer. J'acceptais d'un signe de tête et fut conduite dans un salon anciennement meublé. Il me proposa à boire et des grignoteries que je refusai et il me questionna alors sur le pourquoi de mon état. J'hésitai à répondre. Se justifier par un rien serait se moquer de lui mais raconter la vérité serait bien trop compliqué. Je me contentais donc de murmurer que je m'étais mise là pour échapper à un homme qui m'avait frappée dans le sous-bois et il me fit tendre ma main pour regarder et me soigner.